Jenny Salgado

alias J.Kyll

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Le téléphone sonnait. C'était ma mère. Elle était de super bonne humeur.
Mes tantes en Haïti avaient appelé. Elles étaient toutes énervées et fières.
Elles venaient d'acheter ce livre dont tout le monde parlait, écrit au Québec mais sorti d'abord chez elles. Elles l'ont ouvert et elles m'ont vue dedans.

Je viens de le recevoir à mon tour. Quand je l'ai feuilleté et que je me suis vue à la page 114, je n'ai pu m'empêcher de sourire. Des fois, on sourit parce qu'il n'y a rien à dire. D'autres fois, c'est que trop d'images temporelles se bousculent dans ta tête pour résumer celle que tu regardes présentement, comme le miroir d'Alice.
Moi, grande dame de la musique haïienne, voix de la diaspora ?
Moi, parmi toutes ces pages que je tourne et qui parlent de ces femmes poto mitan qui ont soutenu mes inspirations, ces femmes que j'ai écoutées chanter toute ma vie, bien avant moi, qui m'ont bercée vers le sommeil réparateur, révélateur, qui m'ont secouée puis soulevée debout, qui m'ont racontée, passé et devenir, moi ?


11h30, j'allais remercier l'auteur.

11h31 :
Que dois-je dire ? Comment remercier ? S'il m'a mise dedans c'est simplement que je le mérite et puis c'est tout. Non ?

11h33 :
Et s'il ne m'avait pas mise dedans ? Qu'est-ce que ça aurait voulu dire ? Que je n'existe pas ? Que mon existence est passée jusqu'ici inaperçue ? Ou qu'on m'a vue passer, ignorée, contredite, niée ?
Moi qui m'esquissait dessein aux tons d'existentiel !
On n'existe pas que dans les yeux des autres. On n'existe que dans leurs mots. Ceux qu'ils emploient pour nous nommer, pour parler de nous.

11h45 :
T'imagines ? Y'a des gens qui se permettent de se donner comme fonction le pouvoir de décider du droit de vie ou d'expiration de chacun des artistes de ce monde !
Et tous dans le même paquet !
Ceux qui s'improvisent artistes soudainement, au même titre que ceux qui y dédicacent toute leur vie.
Ceux qui font avec les moyens du bord, dans le même ordre que ceux qui ont les moyens d'abord.
Les terre-à-terre que l'monde aime tant s'assimiler (et que ces contempteurs pourtant souvent boudent), comme ceux qu'ils disent trop flyés pour le monde, ou pas assez pour eux.
Ceux qui veulent vivre le sommet de leur art, de la même manière que ceux qui veulent vivre de leur art au sommet.
Ceux qui veulent toujours dire la même chose que les autres qui ont marché, fonctionné avant eux et avec qui ils ne feront au mieux que parallèles (pourvu qu'on ne les click pas trop loin du curseur de l'original), pareillement à ceux habités en tout temps par les muses, même quand c'est pas l'moment et qui tracent leur propre root dans les sillons de leurs précurseurs.

It's all good! Mais tout ça ne s'exprime pas de la même façon et ne se reçoit pas de la même façon non plus !
On veut tous valoir quelque chose pour les autres. Même quand on ose dire aux autres ce qu'ils valent, qu'ils sont grandioses, qu'ils ne valent pas grand chose, qu'ils ont un je ne sais quoi ou un p'tit quelque chose... Mais ce quelque chose doit profiter à qui ?  À ces autres, ou à soi ?
Quand on juge une oeuvre, est-ce qu'on part de soi-même, de ce qu'on veut comprendre ou est-ce qu'on est sincèrement à  l'écoute de ce que le créateur a besoin de nous dire ? Est-ce qu'on voit d'où elle vient et tout ce qu'elle entraîne avec elle ? Est-ce qu'on sait ce qu'elle vaudra pour les autres qu'elle infiltre ? Ou veut-on simplement qu'elle satisfasse nos p'tits désirs personnels, que les autres nous trouvent cool quand on dira “ j'ai aimé ” ou “ j'te dis, pour moi, ça ne vaut rien du tout. Point barre ” ?

11h59 :
M.Ralph Boncy, votre livre est magnifique. Esthétiquement beau. Profondément significatif. Historiquement nécessaire. Ouvrage que tous les amoureux de la musique devraient lire. Ceux de la musique haïtienne devraient tous le posséder, le partager, le faire lire à leurs enfants en s'y référant pour leur faire connaître leur voix, leur soul, leurs mères, leurs soeurs, leur expression.
Je vous suis vraiment reconnaissante de m'y retrouver, non seulement à ma page dédicacée mais à chacune d'entre elles que j'ai tournées dans votre livre.
J'ai vraiment hâte d'acheter les volumes qui suivront.

Je vous remercie de tout mon coeur d'avoir prété une oreille attentive à ma vie, à mes oeuvres, à ma cause, à mon dévouement, aux années, au travail acharné qui les polit, à la sincérité et à toute l'âme que j'y mets toujours pour dire vraiment, pour m'offrir vraiment, corps et mots, aux spécificités mélodiques chuchotées par mes aïeuls, au combat, à la persévérance, à l'audace, à la force que ces premiers m'ont transmis, aux rythmiques qui ont battu la mesure qui me déchaîne et qui nous unit, au talent qui me définit, me démarque, qui me donne raison d'être et par lequel, je suis. Merci.

Merci aussi à toutes ces grandes dames et à tous les artistes de notre monde qui m'inspire.
Et merci aux Haïtiens, qui sont toujours fiers de moi.
En passant, Québec natal, on dit de moi que je suis une grande dame de la musique haïtienne. Et toi, qu'en penses-tu ?


Peut-être midi, peut-être minuit

Les jours se suivent et se ressemblent encore

Sous ma cuirasse de cuivre, je sens trembler mon corps

Celui qu'on me mit, celui qui me dit

Celui qui jamais ne me nuit ni me nie

Car il faut croire…

Que je suis l'histoire.

 

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